Mon vieux
Hier, quand mon père est sorti de la salle de bain, l'odeur de son après rasage s'est répandue. Elle m'a enveloppée dans un brouillard de souvenir. Quand j'étais petite, avant que je devienne trop lourde, je m'asseyais sur ses genoux le soir et je glissais mon petit nez dans son cou. Je respirais cette même odeur. Je grattais ma joue contre la sienne, elle était râpeuse des poils de barbe qui repoussaient. Mon père était le plus fort, le plus grand, le plus... le plus tout. Mon père, c'était mon héros. Il me racontait plein de choses, et j'y croyais. Il m'a fait rêver, il m'a fait grandir.
Et puis j'ai trop grandi, tellement, que j'en suis même partie.
Mon père a aujourd'hui perdu son statut de plus grand, de plus fort. La vie nous a fait mal. C'est moi qui essaie de le protéger maintenant. Mais non Papa, je ne manque de rien, je laisserai juste la paire de chaussures en magasin si je veux payer mon loyer. Mais non Papa, ça va. T'inquiète pas, je gère. Je deviens une femme, de plus en plus. Mais non Papa, les cours ça va. Je crains le plantage mais je ne te le dis pas.
Mon père, je l'aime toujours autant. Mais aujourd'hui, nos moments tendresse ont disparu. Et c'est en écoutant "Mon Vieux" que je m'aperçois d'une chose : j'ai peur qu'un jour mon père ne soit plus là et de les regretter amèrement, ces moments. Mais je n'arrive pas à me serrer dans ses bras. Encore la faute de cette foutue carapace que je me suis construite, voilà déjà quelques années.
Papa, je veux que tu sois fier de moi. Je veux voir dans tes yeux bleus danser la petite fille et s'effacer les soucis.
Papa, si le héros n'est plus, tu n'en restes pas moins un repère. Je veux que tu vives longtemps. Et au cas où mon homme ne serai pas parfait, tu sera là. Quand il me brisera le coeur et me laissera avec un ou deux mômes sur les bras, tu sera encore là. Je t'attendrai dans ma chambre, qui n'aura pas changé, les posters toujours sur les murs, le bazar héréditaire encore en place. Les peluches de mon enfance seront même devenues poussiéreuses
Les heures ne sont pas tendres. Je n'aime pas quand tu t'énerves, lorsque l'eau des nouilles déborde, lorsqu'un client ne te paie pas et que la banque te fait chier... Je n'aime pas quand tu me ramènes à la gare le dimanche soir.
Papa, je ne te dis rien. De dehors, on pourrait croire que je ne ressens rien. Mais de dedans, c'est autre chose! Il y a foule!
Papa, qui réparera mes écouteurs le jour où tu ne sera plus là?
Je pleurerai sûrement toute seule dans le rayon et le pire, c'est que j'aurai l'air con.
Ce devait être un article, s'en est devenu une lettre. Un jour, quand ça ira mieux, peut-être te la montrerai-je. En attendant, je te souris, et j'espère que tu sais que je t'aime.
En pensant à tout ça j'me dis, je voudrai que tu restes près de moi, Papa
Noéline
Voici l'article de Lila, un peu déclancheur de ceci, accompagné d'une joli chanson.